La série de vidéos chambres obscures, superpose l’image d’une fiction du quotidien entre deux personnages à travers les frictions et les tensions qu’ils partagent : Ils qui se rencontrent, cohabitent, partagent leur quotidien et se disputent. Les saynètes sont jouées et montées selon les rythmes de la musique et les saillances gestuelles du corps dans l’image. L’image est re-projetée dans une perspective supplémentaire (mapping) sur une matière ou un volume en mouvement selon le propos, afin de lui donner une seconde lecture. Cette superposition de l’image opérée sur les objets et les matières déforme l’image de la narration et la recontextualise. Dans Ouverture les allers et venues des personnages sont projetés sur la porte d’entrée de l’appartement qui s’ouvre et se ferme au rythme du passage des personnages. Dans Sommeil, une scène de co-dormage dans un lit est projetée sur un drap étendu et en mouvement : les corps se rencontrent, se gênent puis se bousculent, participant à perturber leur nuit. Dans Rupture, une dispute éclate dans le couple, elle est ponctuée de vaisselle cassée et de fragments alimentaires jetés sur l’image des protagonistes. Ces scènes de vie quotidienne sont découpées par une rythmique saccadée où le mouvement est mappé selon les saillances musicales. La caméra capture et observe ce couple avec voyeurisme tandis que le couple au bord de la rupture expose ses relations conflictuelles. L’harmonie musicale édulcore les drames qui se jouent entre les protagonistes qui dansent au rythme de leurs tensions.

Chambres obscures, Ouverture, vidéo 1minute, 2003
Musique : jonnyboy

Chambres obscures, Sommeil, vidéo 1minute, 2003
Musique : jonnyboy

Chambres obscures, Rupture, vidéo 1minute, 2003
Musique : jonnyboy

Autoportrait emprunte sa forme au langage de l’image «plate», elle fait référence aux cartoons américains tel que les Tex Avery (Bugs-Bunny, Hair Raising Hare – 1946) où les personnages peuvent traverser les murs et laissent la trace de leur passage, découpé proprement selon le contour de leur corps, comme si leur corps était aussi plat qu’une image. La découpe en 2 dimensions du corps en tant que surface plane suggère la possibilité plastique qu’offrent ces imageries auxquelles nous sommes désormais habitués. Le corps suggéré par le «trou» est passé d’un espace à l’autre, en passant à travers les murs sans prendre en compte les dimensions physiques de la matière. Ici, mon corps a servi de modèle pour ce trou exécuté in situ dans une position dynamique indiquant un mouvement de projection vers l’avant.

Autoportrait, sculpture 2006

The border between us est née d’une rencontre avec un artiste estonien, Januus Sama. Cette séquence vidéo questionne nos frontières communes, les espaces partagés par nos corps, les lieux de rencontre, de superposition, de proximité où nos corps cohabitent dans les mêmes temps et les mêmes espaces, se mesurent l’un à l’autre et se côtoient pour former une entité complexe faite de ces différences et de ces volumes communs. La rencontre est limitée par la frontière corporelle. la théorie algébrique des ensembles propose des inclusions, des intersections, des réunions, des différences et des complémentarités, cette théorie est ici illustrée par des projections en 2D de nos deux corps ensembles. Les corps sont délimités dans leur dimension virtuelle, laissant apparaître le potentiel ubiquitaire que proposent les technologies numériques, tous connectés les uns aux autres, tous collés, superposés, contenus dans les mêmes pseudo-espace-temps.

The border between us, animation vidéo 2 minutes, 2006

La vidéo Rendu traite de la surconsommation des images : j’engloutis littéralement la caméra puis les images sont régurgitées lors du montage vidéo où elles sont traitées en lecture inversée. Au fur et à mesure, la quantité d’images diminue pour n’en laisser qu’une «bouchée». Selon l’expression «se nourrir d’images», la bouche s’ouvre pour laisser entrer la caméra, telles que les œuvres Corps étranger de Mona Hatoum en 1994 et la performance de Stelarc, stomach sculpture en 1993, équipé d’une caméra endoscopique qui pénètre dans la bouche avant d’être immédiatement régurgitée.

Rendu, vidéo 1,30 minute, 2007

Dans Monochrome, le spectateur entretient avec le tube cathodique un rapport à sens unique, formant un seul bloc passif où la lumière bleutée du médium éclaire le visage du regardeur. La dépendance à la télévision réduit en effet le champ visuel et transforme le spectateur en un zappeur frénétique. Auto-lobotomie par les ondes, ses yeux fixent l’objet qui le fixe, un cercle vicieux s’installe. Le regard du regardeur devient anonyme, son identité est masquée par ce flux continu, la zone entre l’œil et l’écran contient une granulosité analogique qui révèle les rayonnements diffusés par le tube et provoque chez le spectateur des ondes alpha au niveau cérébral. L’état passif provoqué par une grande ingestion d’images uniformise le paysage culturel et visuel. Le zapping entre les différents canaux ne provoque qu’une légère variation de rythme, un changement de fréquence un décalage d’onde électromagnétique filtrée par l’appareil télévisuel puis capté par nos organes perceptifs. La distance regardeur-diffuseur devient de plus en plus courte, tel un flux qui se tend entre l’émission de la lumière et le cerveau, une toile panoptique monochromatique entre le média et le spectateur.

Monochrome, vidéo 2007

Nature Bugg, animation vidéo, 2007
Exposé dans l’exposition Polyvision Métamorphies, Galerie Dialogos, Cachan