NOS METEORES
Exposition et créations
Marie-julie Bourgeois et Barthélémy Antoine-Lœff 2019

Cycle d’exposition et œuvres présentés par Marie-julie Bourgeois et Barthélémy Antoine-Loeff.
Soutenue par SIANA, le Dicréam, la Diagonale Paris-Saclay, l’Université d’Evry et avec la complicité de Nicolas Rosette.

La colonisation de Mars ou l’exploitation des ressources de la Lune soulèveront des enjeux écologiques majeurs : que ce soit la Terraformation à partir de techniques de géo-ingénierie visant à contrôler le climat pour réparer les dégâts de l’industrialisation ou bien dans la course à l’Hélium 3, le nouvel or énergétique : Qu’allons-nous générer au sein de ces écosystèmes extraterrestres? Nos Météores aborde la face cachée de ces défis scientifiques.

Un jour chimique se lève, nos météores filent à la vitesse de la lumière, replient l’espace sur leur passage pour retomber de nouveau sur Terre. Après avoir pollué la terre et les mers, l’éther est bientôt saturé de déchets de satellites. Témoins de la «grande accélération», nos météores, dressent un bestiaire lumineux, minéral et poétique d’objets fracassés comme autant de rebuts génétiquement modifiés, terra-formés, pris dans un processus de recyclage artificiel. Aristote définissait ses météores par quatre éléments subtils qui composent notre atmosphère, longtemps nommée éther, elle devient cette «matière noire» contemporaine, encore hypothétique, qu’il reste à définir. La lumière du soleil filtrée par l’ozone s’épaissit d’une couche de particules, ces micro-déchets deviendront nos futures poussières d’étoiles. Notre désir (desirare) d’accéder aux étoiles se trouve obstrué par ces vestiges abandonnés, et irrécupérables, nos poubelles volantes non identifiées.

Ces météores proposés par Marie-Julie Bourgeois et Barthélemy Antoine-Loeff cherchent vainement à quitter le sol terrestre avant de nous retomber sur le « coin de la gueule ». Ils renvoient à ces strates géologiques d’une histoire pas si fictionnelle où l’homme manipule le climat, le sol, l’air ainsi que les rythmes circadiens. Cette matière accumulée, ces références constantes aux météores d’Aristote, à l’Ether, ce vide «imaginaire» qui se sature de micro-particules de métal (déchets microniques), de plastique, de macro-déchets technologiques sont le point de départ de la résidence de recherche Nos Météores imaginée par Marie-Julie Bourgeois et Barthélemy Antoine-Loeff. A partir du point d’impact, du point de chute du météore, nous remontons sa trajectoire à revers dans l’atmosphère jusque dans l’invisible pour construire un récit rétroactif de la colonisation et de la conquête spatiale.

Terre battue

Entre récit pas si fictionnel et matière à rêver, la première exposition propose de projeter le visiteur dans un ailleurs fantasmé, un territoire encore inexploré ou au contraire, déjà modifié par l’activité humaine.

Une scénographie principalement composée de sable rouge étalé sur le sol, vient créer un fil narratif entre les travaux des deux plasticiens et l’installation Terre Battue. Il s’agit de se ré-approprier l’imaginaire lié à la conquête de Mars mais d’en présenter un paysage dystopique. Nous nourrissons tous l’imaginaire qu’un jour, l’homme s’y posera, cette perspective semble la prochaine conquête qui anime les astrophysiciens, les investisseurs et qui semble justifiée sous le prétexte que notre planète n’est pas «sauvable». Ces codes sont détournés : nous ne sommes pas sur Mars mais sur Terre, à un moment où celle-ci est devenue inhabitable. Soit par excès d’expériences climatiques, soit par manque de lumière car filtrée par les innombrables débris en orbites. Dans cette fiction futuriste, le sable rouge accueille un abri. Cette mise en scène téléporte le visiteur dans un futur possible à l’environnement et au climat modifié, tout en le conditionnant à entrer dans la pièce maîtresse de l’exposition : Terre Battue.

Hors de contrôle depuis 2016, la station chinoise orbitale Tiangong I est retournée dans l’atmosphère le 2 avril 2018, sans qu’il ait été possible de prédire avec exactitude le moment et le point d’impact sur Terre. Elle s’est finalement échouée au large de Maupiti, non loin de Tahiti. Expérience sensible et poétique, l’installation Terre Battue est une « mise en scène », un dispositif immersif, poétique et sensible d’un micro-débris provenant probablement de la station orbitale Tiangong I et récupéré par Dorothée Bourgeois, habitante de Tahiti, quelques jours après la chute de la station. Matière potentiellement incandescente ou radioactive, elle libère une chaleur colossale dans un espace confiné dans lequel le visiteur est invité à entrer en respectant des mesures de protection.

A l’extérieur, l’installation Terre Battue se présente sous la forme d’un abri scellé couvert de panneaux isolants thermiques en aluminium. Les visiteurs sont accueillis par un médiateur. Un important travail de narration, de médiation et de conditionnement du visiteur sera mené, car tout repose sur l’attente créée chez le visiteur, impatient de découvrir ce qu’il ne pourra probablement jamais entrevoir. Avant de faire pénétrer les visiteurs dans l’installation par petits groupes, le médiateur insiste une dernière fois sur les mesures de protection liées à l’objet déterrestré, et au temps d’exposition limité au-delà duquel il peut y avoir un risque d’irradiation.

A l’intérieur, la chaleur est pratiquement insoutenable – plus de 60℃ -, du fait de l’énergie libérée par ce débris micronique qui est réentré sur Terre après avoir tourné en orbite dans l’espace pendants plusieurs années. Dans la « chambre » de confinement, le débri est conservé sous une vitrine en verre trempé et béton, le météore de titane en fusion d’à peine quelques microns est «observable» sous un microscope. Il semble encore vivant, en chute perpétuelle vers la Terre. Un goutte à goutte permet de refroidir le débris, rappelant les m3 d’eau qui sont actuellement déversés dans les réacteurs de Fukushima pour refroidir le corium.

Au bout d’une minute, les visiteurs sont invités à ressortir de l’abri, pour éviter tout risque d’exposition aux radiations. Cette mise en scène autoritaire relève de la science-fiction associé au fantasme de conquérir l’espace. Dans un monde ou l’ultra-médiatisation est de mise, provoquer un événement autour de ce débris unique n’est pas anodin, car il réveille ce désir, cette envie de croire à l’inaccessible. Les médiateurs distribueront des cartes de visites contenant un lien vers un site internet codé révélant l’ensemble des données accumulées : les preuves de la chute de Tiangong, les divers sites internet et forum où les amateurs équipés de téléscopes ont suivi en temps réel sa chute, les documents attestants de la présence et de la chute d’autres objets mis en orbite, les vidéo youtube filmant cette chute, mais aussi la fiction dans laquelle le visiteur à été entraîné, les photos de Dorothée Bourgeois enquêtant sur les plages de Maupiti, ainsi que les documents de recherche de Janet Borg, de l’institut d’Astrophysique Spatiale, spécialiste des comètes et des débris de MIR.

Terre battue propose un conditionnement extrême, invité à entrer dans un espace surchauffé, le visiteur transpire, il ressent instantanément les effets thermiques sur son corps inhabitué. L’expérience esthétique est déceptive : elle est de très courte durée après un temps d’attente certain, et pour, au final, qu’il n’y ait «rien» à voir car le débris micronique est invisible à l’oeil nu. Elle résume le fantasme de la colonisation martienne : un voyage de 6 mois, pour découvrir un climat extrême, une planète inhospitalière, où l’hypogravité est difficile pour notre musculature, et aucun retour n’est envisagé…

Référent scientifique de Terre Battue : Janet Bjorg, Société Astronomique de France, spécialiste des comètes, météores et débris spatiaux

Fictions atmosphériques

Notre environnement conditionne notre perception et influence notre civilisation « solaire » dans son rapport à l’harmonie homme-nature. Comment la perception d’exoclimats peut changer la perception et la compréhension de notre environnement et comment les fictions y participent?

Conquérir l’espace, c’est s’employer à dominer une autre échelle ; de temps, de distance, de vitesse, mais aussi d’inconnus. Lors de la chute de la station chinoise Tiangong 1 “re-entrée” dans notre atmosphère le 2 avril 2018, nous avons pu constater à quel point suivre la progression de l’engin était devenu un jeu pour toute une communauté « non-scientifiques passionnée », équipée d’une lunette astronomique, prête à bondir pour apercevoir quelques débris brûlants filer à toute vitesse au dessus de leurs têtes, avant de disparaitre du champ de vision. A ce jeu de passe-passe autour du globe s’ajoute la difficile mission pour les astrophysiciens de trouver son point d’impact, impossible à prédire avec précision la chute…

Dans le même temps, un certain nombre de récits scientifiques et fictionnels projettent le salut de l’humanité sur Mars, terra-formée pour l’occasion. Et si ce n’est pas sur Mars, ce sera une exo-planète située dans un autre système solaire. La deuxième phase de notre recherche se consacre à l’écriture de fictions atmosphériques déclinées sur de multiples supports: dispositifs augmentés (AR, VR) détournés, expérimentations inspirées de la géo-ingénieurie, documentaires fictionnels et documentations scientifiques, images et « preuves » collectées sur internet, dans tout ce que les médias peuvent produire d’éléments scientifiques mais aussi pseudo-scientifiques… C’est là toute la difficulté pour le public, trouver la justesse et la pertinence dans cet amas d’informations.

Le dispositif VR est ici employé et détourné de son usage habituel ; en cassant ce code nous interrogeons le fantasme technoscientifique.

Basant notre démarche sur les promesses de la géo-ingénierie tel que l’épandage et l’ensemencement, afin de « réparer » poétiquement les dégâts écologiques. Nous proposerons aux publics de créer des scénarios climatiques : arcs-en-ciel monochrome, soleil triple, pluie violette, couché de soleil vert, comète frisée… Ces scénarios climatiques impossibles rappellent la promesse d’un climat hybride modifié par la main de l’Homme, comme tentative de réparer le climat. En collaboration avec des chercheurs en astrophysique spécialistes d’exo-climats, nous alimenterons ces climats exotiques inspirés des conditions climatiques des autres planètes du système solaire. Ces climats hybrides générés par la main de l’homme provoqueront-ils un dérèglement climatique supplémentaire?

Référent scientifique : Cédric Pilorget IAS – CNRS ORSAY spécialiste des climats extra-terrestres
Cédric Pilorget, Maître de conférences, Univ Paris-Sud

Notes et Références :

Capture d\'écran d\'une vidéo YouTube de la société japonaise ALE présentant un dispositif permettant de recréer des étoiles filantes. 
En 2020, la start-up japonaise ALE proposera des « étoiles filantes à la demande »
https://www.francetvinfo.fr/sciences/espace/en-2020-cette-start-up-japonaise-proposera-des-etoiles-filantesa-la-demande_2857475.html

Ces météores, façonnés de la main de l’homme nous reviennent comme autant de perturbateur poétique et climatique, des fictions atmosphérique viennent ajouter une dimension virtuelle mais saisissable auxdits météores.